Calcul haute performance, capteurs de nouvelle génération et communications ultra-sécurisées : les technologies quantiques poursuivent une évolution fulgurante ouvrant un monde de possibilités qui s’accompagne d’enjeux stratégiques majeur pour l’avenir. Les SATT jouent un rôle moteur pour faire émerger les innovations de rupture issues de la recherche publique, accélérer leur industrialisation et répondre aux défis de compétitivité et de souveraineté.
Une technologie clé pour l’avenir
En raison de leur potentiel unique, les technologies quantiques joueront un rôle central dans les prochaines avancées technologiques, transformant des domaines essentiels tels que la santé, l’environnement et la cybersécurité. Leur développement repose sur des défis technologiques et économiques majeurs, comme la stabilité des qubits, la correction des erreurs, le passage à l’échelle, ou celui des coûts d'investissement élevés. Elles représentent également un enjeu majeur de souveraineté technologique et de compétitivité. La maîtrise des composants, logiciels et compétences associés est essentielle pour sécuriser les infrastructures et développer des solutions uniques, dans un contexte de compétition internationale dominée notamment par les États-Unis et la Chine.
Le secteur quantique connaît actuellement une forte accélération avec un marché mondial qui pourrait atteindre 60 à 100 milliards de dollars d’ici 2035, tandis que les start-up du secteur ont attiré 12,6 milliards de dollars d’investissements en 2025, soit 6,3 fois plus qu’en 2024. En Europe, l’Union européenne a investi près de 2 milliards d’euros dans les technologies quantiques au cours des cinq dernières années, auxquels s’ajoutent plus de 9 milliards d’euros de financements publics nationaux. La Commission européenne estime que la valeur mondiale du secteur quantique pourrait dépasser 155 milliards d’euros d’ici à 2040, avec des milliers d’emplois hautement qualifiés attendus dans l’Union européenne. D’ici cinq à dix ans, elle pourrait employer entre 15 000 et 20 000 personnes en France, contre 4 000 à 5 000 aujourd’hui, selon diverses estimations.

Une ambition française et européenne

L’ambition de la France est de bâtir une filière quantique européenne de rang mondial, capable de développer des technologies stratégiques indépendantes des acteurs étrangers. Pour devenir un leader incontournable, elle doit investir dans la recherche et l’industrie. Lancée en janvier 2021, la Stratégie Nationale Quantique vise à accélérer la recherche, renforcer les formations, soutenir l’innovation et structurer la filière industrielle. Elle mobilise recherche publique, industriels et startups, notamment à travers le PEPR Quantique, qui finance les travaux scientifiques et technologiques jusqu’aux premières preuves de concept. Elle répond à un enjeu de souveraineté nationale et européenne : permettre de développer des solutions propres et rester compétitives à l’échelle internationale. En mai 2026, la France a annoncé un milliard d’euros supplémentaire, portant le financement public de la stratégie à 1,7 milliard d’euros et l’engagement public-privé à plus de 3 milliards d’ici 2030.
À l’échelle européenne, la Commission a présenté en juillet 2025 une stratégie visant à faire de l’Union un acteur mondial de premier plan dans le domaine quantique d’ici à 2030. Elle repose sur cinq axes : recherche et innovation, infrastructures, structuration de l’écosystème, technologies spatiales et à double usage, et développement des compétences. La France souhaite inscrire cette stratégie dans une dynamique européenne plus large. Dans le cadre du futur Quantum Act attendu en 2027, elle défendra notamment une commande publique mutualisée d’ordinateurs quantiques et le développement de feuilles de route technologiques communes entre États membres. À terme, la capacité de la France et de l’Europe à convertir leur excellence scientifique en entreprises compétitives sera déterminante pour faire du quantique un véritable levier de souveraineté, de croissance et de création d’emplois qualifiés.
Les SATT en première ligne
Les Sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT) jouent un rôle déterminant dans la transformation des découvertes scientifiques en innovations économiques. À l’interface entre la recherche publique et le monde industriel, elles contribuent à faire émerger des solutions technologiques à fort potentiel, en réduisant les risques associés aux premières étapes de leur développement.
Le quantique illustre particulièrement l’importance de cette mission. Les technologies issues de la recherche publique reposent souvent sur des connaissances scientifiques de pointe, mais nécessitent encore des développements importants avant de pouvoir être industrialisées.
En intervenant en amont, les SATT contribuent à :
- Faire émerger des innovations dans le calcul, les capteurs, les communications et les technologies habilitantes ;
- Financer les preuves de concept et les premières étapes de maturation ;
- Sécuriser la propriété intellectuelle et faciliter les collaborations entre laboratoires et industriels ;
- Identifier les applications et les marchés pertinents ;
- Préparer le transfert de technologie ou la création de startups deeptech.

Le développement d’une innovation quantique présente des contraintes particulières. Les cycles de recherche sont souvent longs, les investissements initiaux élevés et le passage du prototype à l’industrialisation complexe. Les startups doivent réunir des compétences rares, protéger leur propriété intellectuelle, démontrer la fiabilité de leurs technologies et trouver les premiers clients capables de tester leurs solutions. Ordinateurs, matériaux, composants, capteurs… Les innovations quantique quitte progressivement les laboratoires pour entrer dans une phase d'industrialisation et les SATT sont des acteurs de premier plan dans cette dynamique.
Les SATT, acteurs du quantique sur leurs territoires
En Occitanie, les SATT Toulouse Tech Transfer et AxlR sont membres fondateur de la Maison du Quantique Occitanie, un hub régional dédié au développement des projets industriels et de recherche en calcul quantique hybride, sélectionné dans le cadre de l'appel à projets national lancé par HQI (France Hybrid HPC Quantum Initiative) en 2024. Elles participent au sourcing de technologies et des cas d'usage et contribuent à la mise en place d'un dispositif complet de veille pour les membres académiques et industriels.

Toulouse Tech Transfer apporte également un appui à la mise en place de l'Institut Quantique Occitan par des cartographies des compétences régionales et des entreprises européennes innovantes dans le domaine du Quantique. De son côté, la SATT AxLR est Co-chef de file consortium QuantXium (SNA Technologies Quantiques) sur le volet maturation. Des exemples qui démontrent que les SATT interviennent à plusieurs niveaux complémentaires : au plus près des écosystèmes territoriaux, pour détecter et connecter les innovations, et à l’échelle nationale, pour mutualiser les expertises et renforcer la maturation des technologies stratégiques.
Les startups et technologies SATT
En France, les startups et technologies deeptech contribuent à positionner l’Europe dans la course mondiale, en développant des solutions de calcul quantique souveraines, performantes et responsables, au service de tous les secteurs économiques. L’enjeu auquel répondent les SATT est donc de faire émerger des startups capables de franchir les différentes étapes de leur développement : de la preuve de concept à la première commercialisation, puis à l’industrialisation et à l’expansion internationale. Depuis 2012, plus d’une quinzaine de startups et technologies issues des SATT ont nourris la filière du quantique. Un chiffre qui témoigne de leur contribution à l’émergence de la filière.
Parmi elles on compte notamment Alice & Bob, leader dans le domaine de l'informatique quantique tolérante aux pannes, membre du French Tech Next40. La startup est en développement croissant avec 130 millions d’euros levée, plus de 250 salariés entre Paris et Boston et un laboratoire de 4 000 m² en Île-de-France. Elle a récemment annoncé un investissement de NVentures, la branche de capital-risque de NVIDIA, et dévoilé Helium, son premier ordinateur quantique intégré. Le projet a été accompagné dès sa création par la SATT Pulsalys.
Un exemple parmi plusieurs startups prometteuses qui sont issues de tous les territoires comme Welinq et sa mémoire quantique (Lutech, Île-de-France), QPerfect, et ses logiciels et solutions pour l'informatique quantique, qui viens de rejoindre le groupe BTQ Technologies (Conectus, Alsace), Altrans et son système de surveillance réseau par algorithmes quantiques (Grenoble, AURA), Portyq et ses technologies de cryptographie post-quantique (SATT Aquitaine) ou encore Mottronix qui s'appui sur des matériaux quantiques pour une IA mille fois moins gourmande (Ouest Valorisation, Bretagne & Pays de la Loire).
Les startup et technologies SATT dans le quantique :

Créer le premier ordinateur quantique universel.
Alice & Bob est une entreprise spécialisée dans l'informatique quantique dont l'objectif est de créer le premier ordinateur quantique universel et tolérant aux pannes. Alice & Bob a levé 180 millions d'euros de fonds et emploie plus de 250 personnes. Conseillée par des chercheurs lauréats du prix Nobel, Alice & Bob est spécialisée dans les « catqubits », une technologie développée par les fondateurs de l’entreprise. Démontrant la puissance de son architecture « cat », Alice & Bob a récemment prouvé qu’elle pouvait réduire jusqu’à 200 fois les besoins en matériel nécessaires à la construction d’un ordinateur quantique à grande échelle fonctionnel. La startup est accompagné par la SATT Pulsalys.

Réseaux électriques surveillés via algorithmes quantiques.
Fondée en 2020 par Cornel Ioana, Altrans propose une inspection automatique des réseaux de câbles avec des capteurs distribués. Son lien avec le quantique est algorithmique : son IA s'appuie sur des algorithmes quantiques pour caractériser finement les précurseurs de défauts. la startup dont la technologie est issue du laboratoire GIPSA-LAB, dont les tutelles sont CNRS, Grenoble INP-UGA, UGA a été lauréat en 2022 des Trophées de la simulation et des technologies numériques de l'Usine Nouvelle. La startup est accompagnée par la SATT Linksium.

Une cryptographie résiliente pour l’ère quantique.
CryptoNext Security est un acteur français de la cybersécurité post-quantique qui accompagne les entreprises et administrations dans la transition vers des infrastructures résilientes face à la menace des ordinateurs quantiques. Ses solutions de cryptographie post-quantique et de crypto-agilité, conformes aux standards du NIST, sécurisent les données, réseaux et systèmes critiques tout en facilitant la migration progressive des environnements IT, cloud et IoT. La startup est accompagnée par la SATT Lutech.

Diamant semi-conducteur qui sécurise le calcul quantique.
Diamfab qui a inauguré son premier site industriel en janvier 2026 sur Grenoble, est une spin-off de l'intsitut Néel (dont les tutelles sont CNRS, UGA), créée en mars 2019 après une maturtaion / incubation chez Linksium, Diamfab maîtrise la croissance et le dopage de couches de diamant synthétique pour l'électronique de puissance. Ses marchés cibles incluent l'automobile, les énergies renouvelables et le quantique.Diamfab est reconnue comme l'une des startups phares de la stratégie de souveraineté de l'Etat, et qui déploie une réseau international de collaborations startégiques. La startup est accompagnée par la SATT Linksium.

Micro-aimants sur puces avec des POC en cours sur des dispositifs quantiques.
Spin-off de l'Institut Néel (dont les tutelles sont CNRS, UGA) créée en 2024, MagnetFab fabrique des micro-aimants par dépôt de couches minces sur puce. Le quantique est l'un de ses trois marchés prioritaires, avec les capteurs magnétiques et les MEMS acoustiques. Elle a reçu le Grand Prix i-Lab 2025. Milan Ćalić, CEO et docteur en physique quantique a déjà fourni des prototypes à des laboratoires partenaires afin de valider nos microaimants dans leurs dispositifs quantique. La startup est accompagnée par la SATT Linksium.

Stockage de données magnétiques par voie moléculaire.
Dépôt de chaines-aimants sur surface : vers un matériau pour le stockage magnétique de données par voie moléculaire, Stocker de l’information sur des molécules est une solution technologique envisagée pour miniaturiser davantage les systèmes de stockage de l’information, et permettre un stockage de données plus efficace, compact et énergétiquement sobre. Metallosupragel utilise des chaines-aimants, qui sont des chaines moléculaires permettant d’envisager une augmentation de la densité de stockage d’un facteur 1000, et un adressage magnétique (écriture) peu énergivore. Le projet est porté par la SATT Ouest Valorisation.

L’intelligence artificielle frugale inspirée du cerveau.
Mottronix, lancée en 2026, est une spin-off de Nantes Université et du CNRS. La start-up développe des processeurs neuromorphiques à base de matériaux quantiques. En positionnant le calcul au cœur de la mémoire — un fonctionnement inspiré du réseau neuronal humain —, la technologie permet d’atteindre des performances inédites, tout en consommant plus de 10 000 fois moins d’énergie que l’architecture classique. La startup est accompagnée par la SATT Ouest Valorisation.

Sécuriser les données à l’ère du calcul quantique.
Portyq développe des technologies de cryptographie post-quantique pour répondre aux défis de sécurité posés par l’émergence des ordinateurs quantiques et leur puissance de calcul. S'appuyant sur les travaux de recherche menés au LP2N et à XLIM, l'entreprise accompagne la transition vers des infrastructures numériques résilientes face aux menaces de demain, contribuant à la protection des données stratégiques et à la souveraineté numérique. Portyq participe ainsi à l'émergence d'une filière française de cybersécurité post-quantique. La startup est accompagnée par la SATT Aquitaine.

Créer un ordinateur quantique à architecture photonique.
Qluster, grand prix i-Lab 2026, développe un ordinateur quantique fondée sur une technologie de sources optiques d’états intriqués temps/fréquence développée au Laboratoire Kastler Brossel. Son architecture tire parti des atouts de la photonique pour la mise à l’échelle du nombre de qubits. Elle s’appuie également sur des systèmes hybrides associant la photonique à d’autres technologies quantiques pour lever les verrous liés à la génération des états quantiques optiques nécessaires à la correction d’erreur de calcul. La startup est accompagnée par la SATT Lutech.

Conception d’ordinateurs quantiques et de logiciels applicatifs.
Depuis sa création en 2023, QPerfect s'est imposée comme un acteur reconnu de l'écosystème quantique national. Ses technologies sont aujourd'hui utilisées par des chercheurs, des développeurs de matériel quantique et des industriels pour accélérer le développement de solutions destinées à rendre l'informatique quantique plus fiable, plus performante et plus accessible. En 2026, QPerfect ouvre un nouveau chapitre de son histoire avec son acquisition par BTQ Technologies, une entreprise internationale spécialisée dans les technologies quantiques. Un tournant stratégique pour son développement. La startup est accompagnée par la SATT Conectus.

Drug discovery par simulation moléculaire et calcul quantique.
Lauréate de la promotion French Tech 2030 en 2025, la société Qubit Pharmaceuticals est une deeptech franco-américaine spécialisée dans la découverte de médicaments par simulation moléculaire. Sa plateforme ATLAS combine physique quantique, intelligence artificielle et calcul haute performance pour accélérer la conception et l’optimisation de candidats médicaments, tout en réduisant le recours aux validations expérimentales. La startup est accompagnée par la SATT Lutech.

Magnétomètres à centres colorés SiC intégrés en QPIC SiC-O-I.
Les technologies quantiques connaissent une forte accélération, avec des processeurs QPU de plus en plus puissants et précis. Parmi les solutions émergentes, les centres NV du diamant permettent de manipuler des états quantiques... mais leur montée en échelle est freinée par le coût des matériaux et la complexité d’intégration. SiCOI (SiC On Insulator) propose une alternative via une plateforme en carbure de silicium, plus mature technologiquement, moins coûteuse et compatible avec les procédés microélectroniques/photoniques standards, tout en visant des applications équivalentes avec des centres du SiC. Le projet est porté par la SATT Conectus.

Imagerie infrarouge SWIR à base de quantum dots colloïdaux.
Views Technology est une deeptech française qui développe des capteurs d’imagerie infrarouge SWIR à base de nanocristaux colloïdaux, ou quantum dots. Sa technologie vise à rendre l’imagerie infrarouge plus accessible et industrialisable. Le projet a été distingué par un Grand Prix i-PhD 2024 attribué au cofondateur et CEO Adrien Khalili Lazarjani, tandis que son cofondateur scientifique, Emmanuel Lhuillier, a reçu la médaille de bronze du CNRS en 2022. La startup est accompagnée par la SATT Lutech.

Mémoires quantiques pour connecter les ordinateurs quantiques.
Welinq est une deeptech française qui développe des mémoires quantiques destinées aux futurs réseaux de communication quantique. Sa technologie vise à stocker plusieurs qubits simultanément afin de connecter les ordinateurs quantiques et de contribuer au déploiement d’un internet quantique longue distance. Son excellence scientifique est reconnue par le Grand Prix i-Lab 2022 obtenu par son cofondateur Tom Darras et par la présence, à son conseil scientifique, d’Alain Aspect, prix Nobel de physique 2022. La société a également été lauréate de la promotion French Tech 2030 en 2025. La startup est accompagnée par la SATT Lutech.
Le consortium QUANTXIUM

Dans le cadre de France 2030, l’État a déployé 18 stratégies nationales d’accélération (SNA) avec un soutien fort pour la recherche publique et sa valorisation. Le consortium QuantXium vise à garantir la souveraineté technologique et la compétitivité de la France, en se dotant des infrastructures et des compétences nécessaires en matière de technologies quantiques. Par son approche ciblée, QuantXium cherche à maximiser l’impact économique et technologique des projets soutenus, garantissant ainsi leur viabilité et leur succès à long terme.
Le consortium est doté d’un budget de 15 millions d’euros sur 5 ans et propose des nouveaux soutiens financiers pour 2 phases spécifiques du développement de projets innovants : la prématuration et la maturation technologique. Ce programme cible deux thématiques :
- Les capteurs quantiques : En identifiant des usages à large spectre d’emploi afin d’assurer la viabilité économique de toute la chaine de valeur.
- Les calculateurs quantiques : En identifiant les options technologiques les plus prometteuses pour passer à l’échelle et répondre à des problèmes concrets des utilisateurs finaux.
QuantXium est piloté par CNRS Innovation et la SATT AXLR et regroupe 19 partenaires organismes de recherche, universités, SATT et SATT expérimentales : AxLR, CEA, Conectus, CNRS, Erganeo, Inria, Institut Polytechnique Paris, Linksium, Lutech, PSL, SATT Paris-Saclay, SATT Sud-Est, Sayens, Sorbonne Université, Toulouse Tech Transfer, Université Côte d’Azur, Université Grenoble Alpes, Université de Paris Cité, Université Paris-Saclay. Ce réseau diversifié permet de réunir les principaux acteurs des technologies quantiques, éléments cruciaux pour le développement d’une stratégie nationale du quantique en France.



