Une start-up amiénoise issue de la recherche de l’UPJV ouvre une nouvelle voie thérapeutique contre les maladies neurodégénératives

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03 November 2026

Après plus de 10 ans de recherche, une innovation développée par le Laboratoire de Glycochimie et des Agroressources d’Amiens de l’Université de Picardie Jules Verne (LG2A – UPJV) franchit une nouvelle étape. La SATT Nord et la start-up amiénoise Glyx Therapeutics signent une licence exclusive pour poursuivre le développement d’une nouvelle génération de candidats médicaments. Leur cible ? La protéine Tau, au cœur des mécanismes de plusieurs maladies neurodégénératives, dont la maladie d’Alzheimer.

Les maladies neurodégénératives touchent près de 1,5 million de personnes en France et plus de 55 millions dans le monde. Avec le vieillissement de la population, ces chiffres sont en augmentation constante et placent ces pathologies au cœur des politiques de santé publique.

Face à ce défi sanitaire majeur, la recherche médicale explore depuis de nombreuses années les mécanismes clés de la neurodégénérescence : la voie amyloïde, dont le dysfonctionnement est à l’origine de l’accumulation de plaques amyloïdes dans le cerveau, caractéristique de la maladie d’Alzheimer ; et la voie Tau, dont l’hyperphosphorylation anormale entraîne l’agrégation de la protéine, sa propagation de neurone en neurone et, à terme, la mort neuronale. La pathologie Tau est le point commun de l’ensemble des tauopathies, dont la maladie de Pick ou la Paralysie Supranucléaire Progressive (PSP) et de nombreuses autres formes de tauopathies pures, où elle se développe en l’absence de plaques amyloïdes. Dans la maladie d’Alzheimer, où les deux coexistent, les dépôts amyloïdes semblent favoriser l’extension de la pathologie Tau, qui reste la plus étroitement associée à la perte neuronale et au déclin cognitif.

Longtemps focalisée en priorité sur la voie amyloïde, la recherche médicale explore désormais de front les deux voies. Une inflexion couronnée de succès puisque depuis, de nouveaux candidats médicaments prometteurs ciblant la voie Tau ont pu être identifiés. C’est le cas des molécules dérivées de sucres synthétisées au LG2A à l’UPJV, qui élargissent ainsi les possibles voies thérapeutiques pour freiner la progression de la neurodégénérescence.

Une rencontre scientifique à l’origine du projet

Le projet est né d’une rencontre entre deux expertises très différentes à l’occasion d’un congrès scientifique. « Lors d’un congrès, j’ai pu échanger avec la professeure Dulce Papy-Garcia, spécialiste des tauopathies au laboratoire Gly-CRRET de l’Université Paris-Est Créteil. Nous travaillions à cette époque au LG2A sur des familles d’oligosaccharides (sucres) modifiés chimiquement avec des groupes sulfates, étudiés pour leur potentiel à stimuler les défenses naturelles des plantes en tant qu’éliciteurs. Elle avait déjà testé des dérivés de sucres sulfatés sur la protéine Tau et a proposé que nous testions nos molécules afin d’évaluer leur potentiel à inhiber la phosphorylation anormale de Tau », raconte Anne Wadouachi, professeure à l’UPJV et Chief Scientific Officer (CSO) de Glyx Therapeutics.

En 2013, les deux chercheuses et leurs laboratoires lancent la collaboration avec le projet de recherche OXYOL, soutenu financièrement par la région Picardie. « Nous avons designé des mimes d’héparanes sulfates (molécules impliquées dans la pathogénèse) qui pouvaient potentiellement stopper le processus de la pathologie. La stratégie de synthèse qui a été mise au point au LG2A, incluant un procédé alternatif comme la mécanosynthèse, a permis de préparer en peu de temps toute une famille de composés, et en 2017, une partie de ces molécules a été testée au Gly-CRRET. Les résultats ont été particulièrement intéressants pour quelques composés capables d’agir sur des mécanismes précoces impliqués dans les tauopathies, démontrant leur potentiel comme candidats thérapeutiques » explique la CSO.

Les recherches se poursuivent et confirment l’intérêt thérapeutique de ces molécules.

Avec le soutien de la SATT Nord, le projet entre, en janvier 2019, dans une phase de maturation qui aboutira à la création de la Start-up Glyx Therapeutics.

La SATT Nord, partenaire du projet de la détection à la licence

Détectée par la SATT Nord dès 2017, la technologie a d’abord bénéficié d’un financement Start’Airr « OLIAA » (2018-2019) puis est entrée en 2019 dans un programme de maturation en deux phases, qui a permis d’aboutir au dépôt d’un brevet puis à une preuve de concept in vivo.

Sur l’ensemble du programme, près de 700 000 € de dépenses ont été engagés, permettant le recrutement de trois ingénieurs de développement : deux ingénieurs maturation chimistes à Amiens (Rémi Beaulieu et Etienne Pair), et une biologiste à Créteil (Ajitha Thuraisamy) qui a depuis rejoint Glyx Therapeutics.

En 2026, la SATT Nord et Glyx Therapeutics signent une licence exclusive portant sur un brevet et un savoir-faire, qui donne à la start-up les droits nécessaires pour poursuivre le développement de ces candidats médicaments.

« Glyx Therapeutics illustre pleinement la mission de la SATT Nord : transformer une découverte scientifique prometteuse en une innovation capable de franchir les étapes qui la séparent du patient. En accompagnant ce projet depuis sa détection en 2017, en protégeant l’invention par un brevet, en investissant près de 700 000 euros dans sa maturation jusqu’à la preuve de concept in vivo, puis en assurant son transfert, nous avons contribué à faire émerger une nouvelle entreprise et une nouvelle voie thérapeutique porteuse d’espoir contre les tauopathies ». Fabrice Lefebvre, président SATT Nord

Glyx Therapeutics ambitionne de traiter l’ensemble des tauopathies, parmi lesquelles près de 25 formes ont été recensées dont la maladie d’Alzheimer. Les premiers résultats suggèrent que deux voies d’accès thérapeutiques distinctes sont à étudier : l’une pour les tauopathies pures, comme la maladie de Pick, la PSP ou d’autres formes de démence fronto-temporale. L’autre pour la maladie d’’Alzheimer, où la pathologie Tau coexiste avec les plaques amyloïdes.

« La signature de cette licence exclusive est une étape fondatrice pour Glyx Therapeutics : elle nous donne les moyens de transformer plus de dix ans de recherche académique en un véritable programme de développement de médicament. Notre ambition est d’apporter aux patients atteints de démences une thérapie de rupture, capable d’agir sur les mécanismes précoces de la maladie et pas seulement sur ses symptômes.

Dans les prochains mois, nous allons finaliser notre levée de fonds d’amorçage afin de conduire les études précliniques réglementaires et de préparer une première étude chez l’homme. Nous pouvons nous appuyer sur un écosystème remarquable – l’Université de Picardie Jules Verne, l’Université Paris-Est Créteil, la SATT Nord et les acteurs régionaux de l’innovation – et c’est depuis Amiens, berceau de notre molécule, que nous voulons construire cette aventure », déclare Fabrice Beauchêne, CEO de Glyx Therapeutics.

« La concrétisation de ce transfert illustre la capacité de notre recherche académique à irriguer le tissu économique et à répondre aux grands défis sociétaux. Cet aboutissement souligne combien la valorisation s’inscrit dans un temps long, exigeant un fort engagement et une persévérance de la part des équipes de recherche. Cette réussite témoigne du rôle moteur de nos unités de recherche en matière d’innovation, un rôle que nous entendons amplifier avec la création d’Innov4U, un consortium d’acteurs de la recherche et de l’innovation », conclut Denis Postel, Président de l’UPJV.

 

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